Contrairement à la croyance populaire, le fez n’est pas ottoman ni musulman ! Drôle de constat : il provient en fait de la Grèce Antique et était porté par les Byzantins, c’est-à-dire durant l’empire byzantin, avant l’empire ottoman. Contrairement aux idées reçues qui associent spontanément le fez à l’islam ou à l’Empire ottoman, ce bonnet conique rouge en feutre rigide, orné d’un gland noir, puise ses racines bien plus loin : dans la Grèce antique, où le pharion, un couvre-chef sans bord en feutre ou velours était déjà porté par les populations helléniques.
Adopté ensuite par les Byzantins durant tout le Moyen Âge, ce bonnet sans bord permettait de préserver la dignité lors des prosternations rituelles tout en s’inscrivant dans une tradition chrétienne orientale.
Le fez ottoman, une touche chrétienne
C’est seulement au XIXe siècle, sous le sultan Mahmud II (1808-1839), que le fez ottoman fit une entrée fracassante à la cour impériale d’Istanbul : imposé comme symbole de modernisation et d’ouverture à l’Europe, il remplaça progressivement le turban, devenant l’emblème d’une réforme vestimentaire radicale visant à homogénéiser l’apparence des sujets de l’empire, musulmans comme non-musulmans.
La Réforme de Mahmud II et l’Imposition du Fez (1829)
Loin d’être une coiffe religieuse, le fez fut perçu par beaucoup comme une importation occidentale influencée par les modes britanniques et égyptiennes, provoquant même des révoltes populaires en 1908 où des fez furent piétinés en signe de rejet de l’impérialisme.
Aujourd’hui disparu du quotidien en Turquie depuis la loi sur les chapeaux d’Atatürk en 1925, il reste un vestige fascinant de l’histoire ottomane un accessoire que nos guides francophones à Istanbul adorent révéler aux voyageurs pour déconstruire les mythes et plonger dans la richesse multiculturelle de l’ancienne capitale byzantine.
Toutefois, les Ottomans continuèrent la tradition et sous le règne du Sultan Mahmoud II (1808 – 1839), le fez refît son apparition dans la cour ottomane ainsi que parmi le peuple. Le fez ottoman à la forme d’un chapeau masculin rouge en feutre rigide avec une forme conique et un gland noir fixé sur le dessus.
Des Racines Byzantines à la Grèce Antique
Le fez ottoman incarne parfaitement les paradoxes de l’histoire turque : un objet ancien, réinventé pour incarner la modernité. Ses origines remontent effectivement à la Grèce antique (bonnet phrygien ou pharion), popularisé dans l’Empire byzantin où il était courant parmi les civils et les clercs – sans lien avec l’islam naissant. Les Ottomans, après la conquête de Constantinople en 1453, conservèrent de nombreux éléments byzantins, dont des variantes de ce bonnet, mais ce n’est qu’au début du XIXe siècle qu’il devint central.
En 1826-1829, Mahmud II, après avoir supprimé les Janissaires, lança les réformes Tanzimat pour moderniser l’empire face aux pressions européennes. Influencé par ses conseillers (notamment Mehmed Husrev Pacha, qui avait vu le tarbouche en Égypte et Tunisie), il imposa le fez rouge (teint souvent avec du raisin de Fès au Maroc, d’où son nom) comme couvre-chef obligatoire pour l’armée, puis pour les fonctionnaires et le peuple, sauf religieux (turban maintenu).
Pratique : sans bord, il permettait la prière musulmane (front au sol). Symbolique : il effaçait les distinctions ethniques/religieuses pour créer une identité ottomane unifiée, tout en marquant une rupture avec le passé “oriental” du turban.
Symbolisme et Révoltes le Fez Ottoman
Des résistances éclatèrent : en 1908 (Jeunes-Turcs), des fez furent écrasés comme symbole d’impérialisme anglais (marché dominé par les manufactures britanniques). Mahmud II dut même émettre un firman pour obliger le port, avec une forme légèrement modifiée.
Adopté au Maghreb (tarbouche, chéchia), il y survit encore chez certains (Maroc, Tunisie). En Turquie, Atatürk l’interdit en 1925 (loi du chapeau) pour occidentaliser totalement : casquettes et chapeaux européens devinrent la norme.

| Période | Origine / Adoption | Signification / Contexte | Évolution en Turquie |
|---|---|---|---|
| Grèce Antique & Byzance (avant 1453) | Bonnet pharion / feutre sans bord | Tradition hellénique & chrétienne orientale – porté par civils & clercs | Racines pré-ottomanes, adopté après conquête de Constantinople |
| XVIIe–XVIIIe siècles | Variantes circulent via commerce méditerranéen (Égypte, Tunisie) | Objet maritime & marchand – pas encore officiel | Présent mais marginal à Istanbul |
| 1808–1839 (Mahmud II) | Imposé par firman 1829 – teinture rouge de Fès | Symbole de modernisation & uniformisation – influencé Europe/Égypte | Obligatoire pour armée, fonctionnaires & peuple (sauf religieux) |
| 1908 & Jeunes-Turcs | Révoltes anti-impérialisme | Fez piétinés comme symbole anglais | Décret renforcé pour maintien |
| 1925–aujourd’hui | Interdit par Atatürk (loi du chapeau) | Symbole du passé ottoman à abolir | Disparu en Turquie – persiste au Maghreb |
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Entre Modernité et Résistance
Le fez ottoman provient de la Grèce antique, il était porté par les Byzantins au Moyen-Âge, puis par les Ottomans au temps du Sultan Mahmoud II (1808 – 1839) lorsque la mode européenne a fait son entrée à la cour ottomane. Très vite, le peuple a suivi. Toutefois, les couvre-chefs ne furent pas utilisés car ils ne concordent pas avec l’Islam. En effet, les hommes doivent toucher le sol avec le front lors de la prière. Le marché du fez était dominé par les Anglais au 19ème siècle. Ce sont eux qui influencèrent Mahmut II Sultan à porter ce couvre-chef symbolisant l’impérialisme anglais.
Cependant, de nombreuses manifestations éclatèrent en 1908 afin de lutter contre l’impérialisme Anglais. Les personnes portent le fez étaient stigmatisées, les fez écrasés au sol, en signe de révolte contre l’invasion Anglaise. Une partie du peuple ne souhaitant pas porter le fez, qui était une coiffe non musulmane, le Sultan dût émettre un décret royal afin d’indiquer que le fez serait, avec une forme modifiée, partie essentielle du costume ottoman.
Le Fez Ottoman Aujourd’hui – Symbole Disparu en Turquie, Vivant au Maghreb
De ce fait, l’empire obligeait ses sujets à porter le fez, quelque soit leur religion, excepté les savants et les religieux qui continuèrent à porter le turban. Le fez a ensuite été adopté par les Maghrébins (et il est encore porté de nos jours par certains). Cependant, plus personne ne le porte en Turquie. L’anecdote du fez nous démontre qu’il s’agissait d’une mode chrétienne et non pas musulmane comme on le croirait. En dépit de sa disparition en tant que couvre-chef quotidien après la fondation de la République turque, le fez demeure un symbole culturel fort.
